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Prendre soin de soi #10 du mois

10 jours que je tourne en boucle sur le thème du mois d’avril de Egalimère… « prendre soin de soi »…

Comme toute mère qui se respecte, le confinement, c’est pas franchement des vacances pour moi. Du coup.. Suis un peu plus longue à la détente.. Pi c’est quoi ce thème ?! Une banale prise de tête sur les injonctions d’une société qui accessoirise la femme en lui intimant en même temps de suivre la voie du développement personnel… Un truc mi-schizo, mi-alzheimer…

Bref.. J’avais du mal à trouver un angle d’attaque pour ma dissert’ du mois.. Jusqu’à ce que je m’observe in-situ.. c’est à dire, en plein confinement..

Au début, je pensais que ça ne changeait pas grand chose.. et puis, j’étais contente de ne plus avoir à faire toutes ces allers-et-venues.. jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’en fait, je n’avais plus de temps pour moi… mais genre.. plus du tout… Déjà, avant.. faire pipi tranquille était difficile mais là… là… Est-ce que c’est grave de griffonner sur la case « c’est compliqué » ?

Je dois préciser quelques petites choses :

– Je suis loin d’être parfaite.. Oui.. C’est comme ça… Un jour, je vous dirai comment je l’ai su.. ou pas.. Je tends à m’améliorer, et quelque part, c’est l’essentiel, je crois..

– De base, si je devais être un personnage de Vice Versa, je serai Colère… Je travaille dessus, merci de vous inquiéter.. Joie arrive en second et tristesse en 3ème.. Ou c’est l’inverse.. Ou je ne sais plus.. Parlons-en quand on sera libérés-délivrés, voulez-vous ?

– Alors, donc, j’adore mes enfants la plupart du temps.. J’ai mis longtemps à fonder une famille, pas par choix, hein.. Donc forcément, quand ils sont nés, bah, on était bien contents… ça n’empêche que je rigole bien sur les RS quand je lis des panneaux de parents épuisés, dépressifs et qui s’arrachent les cheveux.. Tout simplement parce que je le suis moi-même et que je pratique allégrement le second degré…. D’autre part, les RS ont une place bien précise dans ma vie..

Voila.. Donc.. Prendre soin de soi… Une douce utopie en plein confinement…

Il y en a qui y arrivent.. C’est génial.. Elles ont un programme.. Elles le suivent.. tous les jours… Dans leurs têtes, il doit y avoir le coach de Serena Williams.. Ou.. je sais pas…

J’ai essayé, hein.. J’ai vraiment essayé.. C’est l’essentiel, nan ? On a tenu, genre.. 10 jours… J’ai fini dans un sale état et je crois que cher et tendre avait peur d’aller bosser et de me laisser seule avec les garçons… Du coup, on a relâché la pression.. Maintenant, ça va mieux.. Bah oui, parce que, pardon, mais le confinement, il touche tout le monde, non ? Donc à la fin.. les enfants, ils en seront tous au même point.. Pas d’école, pas de récrés, pas d’activités extra-conju.. heu.. extra-scolaire.. 🙂

Relâcher la pression à propos des mômes, ça veut pas du tout dire que je prends soin de moi.. Un peu, oui.. ou alors indirectement.. Ce n’est pas ça qui va cultiver mon jardin intérieur me direz-vous… Et vous aurez raison !!!

Évidement, je suis quand même quelques règles… pas trop compliquées, faciles à tenir…:

– Le réveil sonne à 7h30.. J’ai du l’entendre une seule fois depuis le début du confinement, mes enfants étant (très) matinaux.. Mais rien que le fait de le régler chaque soir, je sais pas.. On n’est pas en vacances, bordel.. ! Gardons un cadre !

– A partir du jeudi, parce que le jeudi, c’est déjà un peu le week-end..A parti du jeudi, donc, le soir, je n’hésite plus à ouvrir une bouteille.. Bière, vin rouge, blanc, rosé.. Tout y passe, mais de façon très raisonnable puisque pas d’abus (;-)) Je pense attaquer la sangria d’ici peu et je me tâte pour faire une soupe champenoise à l’occasion de la prochaine grillade… J’y vois pleins d’avantages, notamment : plus d’angoisses du dimanche soir à l’idée que cher et tendre m’abandonne pour aller travailler et donc début de semaine bien détendue…

Avec le retour du beau temps, et donc des apéros et autres BBQ, hasard ou pas, il s’avère que mes fringues rétrécissent…… Mon sèche-linge doit m’en vouloir.. ça ne peut pas être le manque d’exercice, vu que je courre après mes enfants tous les jours… Il y a un camps de nudistes près de chez moi, je vais sans doute finir le confinement chez eux..

– Sur les réseaux, je ne dis rien de ce que je traverse avec les monstres que sont devenus mes enfants.. J’aurai peur de m’attirer les foudres de la bien-pensance, l’élite de l’éducation positivo-veillante… C’est bien connu, pour vivre heureux, vivons caché… En tout cas, si l’aide sociale à l’enfance vient chez moi, je saurai que ce sont mes voisins, lassés par mes cris, plutôt que mes amis virtuels… J’arriverai peut-être à les soudoyer avec des bonhommes en rouleaux de PQ, mes tableaux en peintures gonflantes et la tonne de coloriage que je stocke dans un placard… Avec un peu de chance, ils auront dans leur sacoche des cartouches d’imprimantes et du papier que j’arriverai à piquer pendant que mes fils attireront leur attention avec leurs acrobaties quotidiennes.

Ça n’enlève pas le fait que le confinement aura été bénéfique pour moi… Au vu de mes envies quotidiennes de fugue, j’ai vite compris que quelque chose clochait… Avec cette interdiction de sortir, j’ai pu constaté que j’avais purement et simplement disparu… Certes, cela fait 3 ans que je me débats dans les sables mouvants de ma propre existence.. Et donc, le confinement m’a aidé à atteindre plus vite (!) le sommet de mon vide intersidéral…

Ce qui m’a donné assez d’énergie pour rebondir, tel le ballon sauteur qui git, épuisé, abandonné dans le jardin par mes enfants.. (ça aurait pu être dans la maison, imaginez le carnage!)

« Il faut que ça cesse ! Quoi ? Bah, ça, là, cette situation ! Je ne suis pas la servante des uns et des autres… ça suffit! Marre d’avoir cette impression d’être la seule à habiter dans cette maison (comprendre être la seule à savoir où se trouvent et se rangent les choses..) » A mon sens, c’est ça.. prendre soin de soi ! S’exprimer ! Savoir ce qui ne va pas, le dire et ne pas transiger..

(de toute façon, j’ai jamais vraiment été du genre après-midi girly pour se sentir bien..)

On a tous envie de croire que le monde d’après sera meilleur.. Le savoir, la compréhension, le vécu… que grâce à ça, on peut changer… Mais pour combien de temps ? Je suis plutôt pessimiste à ce sujet.. Je pense qu’on peut tout oublier.. En fait, pour moi, on oublie pas forcément les événements mais on oublie l’intensité de ce que l’on a vécu.. Et selon le degré d’implication, cela va plus ou moins vite..

Mais…

Ce week-end, j’ai découvert la transmission transgénérationnelle des traumatismes.. Pour résumé, on peut dire que la souffrance traverse la lignée familiale, et j’aime à penser que cela sera jusqu’à ce qu’une personne soit prête à y faire face, la ressentir, la soigner..  Je ne vais pas écrire un essai sur le sujet, vous pouvez cliquer sur le lien plus haut ou googler (ou mieux aller sur un moteur de recherche respectueux) cet intitulé et vous faire votre avis par vous-même.. Il y a quelque chose qui résonne fortement en moi… Et ces mots qui sonnent , comme dirait Jenifer, c’est un cadeau du ciel..

Le peu que je sais des histoires familiales laisse présager que je ne porte pas la responsabilité de tout mon mal-être. Je me rends compte aujourd’hui, en ces temps confinés, qu’au lieu de me malmener pendant tout ce temps comme j’en avais l’impression, en réalité, je prenais soin de moi.. Ces moments, si longs, de désespérance où il m’a semblé que je ne m’appartenais plus, n’étaient en fait pas les miens.. J’ai envie de croire quand de ce monde de l’après, je saurai vivre ma vie parce que je saurai enfin me connaître et me respecter.

Sous quelle étoile suis-je né? – Michel Polnareff

Mauvais 1er avril

Marie est morte chez elle hier soir.

Son mari et elle étaient partis en week-end au Portugal avant la déclaration du président annonçant le début du confinement. C’était un cadeau des enfants.

Marie, elle était allée chez le docteur dès que la fièvre et la toux sont apparues et l’ont inquiétées. Ce médecin a fait comme beaucoup d’autres, et l’a renvoyé chez elle en lui conseillant pour tout traitement du doliprane, et une couette chaude et accueillante.

Tout en respectant les distances-barrières, leurs voisins déposaient dans le jardin des bouillons et autres soupes chaudes mais ça fait plusieurs jours que tous les deux, ils ne pouvaient plus rien avaler.

Hier, leur fils est venu à la maison et pour déjeuner leur a cuisiné des pâtes.. en vain.. Marie n’est pas sorti de son lit, trop faible. Le soir, lorsqu’il est repassé, elle s’est évanouie mais il a réussi à la réveiller.

A leur arrivée, les pompiers et le Samu n’ont pas réussi à la réanimer à sa deuxième perte de conscience.

Son conjoint n’a pas été emmené. Il n’est sans doute pas assez malade.. Son fils qui s’est approché d’elle d’un peu trop près va devoir probablement s’astreindre à une quarantaine sévère.

Marie est morte hier soir.

Et comme tous ceux qui la connaissait, je pleure sa perte.

Et j’ai peur. Parce que le virus s’approche.

Et puis, je suis en colère.. Contre ce monde fou.

J’ai envie de hurler que c’est dégueulasse de perdre comme ça, sans prévenir, quelqu’un de bien.

Que c’est injuste de demander aux soignants de se dévouer pour pallier aux décisions arbitraires de ces inconscients.

Que c’est lamentable de voir que là où l’argent manquait, il y en a désormais. (à moins qu’on ne le paye très cher demain ?!)

Que comme d’habitude, leurs décisions: nos morts.

Que c’est incroyable de devoir choisir entre vivre ou travailler.

Je voudrai que la terre entière sache que Marie est venue au monde, a vécu, a aimé et est morte.

Marie n’est pas un grand musicien, un politique reconnu, un journaliste ou un sportif. Marie n’aura jamais d’hommage dans les médias. Et probablement que Marie s’en ficherait comme de sa première chaussette.

Mais Marie n’est pas seule. Ils seront nombreux ceux qui mourront de cette saleté de virus.

Chez eux ou ailleurs… Des anonymes qui sont aimés, des personnes qui mourront seules, apeurées. D’autres contaminés parce qu’ils auront pris soin d’autrui…

Des jeunes, des moins-jeunes, des grands, des gros, des petits, des maigres, des chauves, des chevelus, des blancs, des noirs, des marrons, des jaunes, des arcs-en-ciel…

Nous sommes tous touchés, de près ou de loin..

Nous allons tous y laisser quelque chose… ou quelqu’un…

Je voudrai terminer en disant un truc du genre « alors restez chez vous.. blablabla..  arrêtez de commander sur le net.. et cætera.. vous baladez pas n’importe où.. stop aux soirées festives.. »

Mais franchement.. Là…

Je pense juste à Marie, qui est morte hier soir chez elle devant son fils.

Mes deux yeux pour pleurer – La Grande Sophie

Super Héroïnes du quotidien #10dumois

Le mois de mars nous est évidement dédié, à nous les femmes, pour ce #10dumois. Compliqué de ne pas faire une redite de ce qui a déjà été abordé pour la journée du 8 mars… Alors voilà…

Dimanche soir, est passé sur France 5 un excellent documentaire… « Tu seras mère ma fille ».. « Excellent, un qualificatif un peu fort pour un film diffusé sur France5 », vous direz-vous.. Mais il l’est vraiment et pour plusieurs raisons :

1- Mon mari l’a regardé avec moi jusqu’à la fin.

2- Il a provoqué chez nous ces conversations que j’aime tant, pendant (j’ai même du lui dire de se taire..) et après… Nous évoquons ce que nous avons vu, rapprochons à notre quotidien, notre vécu.. et tirons nos conclusions.. Et en général, ça nous permet d’évoluer.. C’est génial..

Ayant, dans mes jobs précédents, effectué du transfert de films de famille, j’ai apprécié voir ces archives familiales et publiques de temps révolus.. Mais j’ai surtout apprécié les 10 dernières minutes du documentaire, très actuelles, qui ont mis des mots sur ce que je ressens et vis ces dernières années en tant que mère et femme.. En voici un extrait de 3 minutes.. (pardon pour la qualité, mais j’espère que vous aurez envie d’en voir plus..)

« Pourquoi est-ce elle, la femme, qui devrait tout concilier ? Parce qu’elle porte l’enfant ? Ce serait le propre du féminin et moins du masculin ? »

Voila, on y est !

Parce que finalement, ce n’est pas un problème de genre… Il existe deci-delà quelques hommes qui sont prêts à prendre leur part (dont le mien).. Encore faut-il que la société leur en laisse l’occasion…

Nous sommes des centaines, voire des milliers, à pouvoir témoigner du regard du futur employeur sur notre ventre ou nos enfants en bas âge… Nous sommes légions à expérimenter chaque jour une course contre la montre pour déposer, puis récupérer, tout le monde à la crèche ou à l’école.. Et tout autant, à résoudre le casse-tête que représente l’organisation des activités extra-scolaires…

Moi je voulais un amoureux, des enfants.. Et vivre ma vie…

On ne m’avait pas prévenu qu’avec le package, j’aurai pas mal de fatigues et quelques frustrations de voir MA vie filer à toute allure.. Ce que j’ai mis entre parenthèses, c’est Moi, mon essence même… Ce qui fait ce que je suis, ce qui me définit.. Je ne suis plus libre, plus seule.. Je suis responsable d’autrui.. 2 petits êtres en permanence (et 1 grand en pointillé si l’on compte mon cher et tendre).

Et puis, finalement, je m’y suis faite… Je me suis dit que la Vie, c’est ça… aussi.. Que sans doute, selon les choix et les âges, selon les périodes, on étaient plus ou moins disponibles pour une vie professionnelle épanouie.. Qu’il faut de la patience…

Sauf que je vois bien que mon mari n’a pas eu à se dire tout ça.. Je vois bien que, malgré sa bonne volonté, je suis celle qui se demande si elle ne va pas accepter n’importe quel petit boulot à côté de la maison pour pouvoir gérer l’organisation familiale, quand lui accepte un travail à 45km de la maison… J’ai déjà écrit sur le sujet du couple et de l’arrivée de l’enfant.. On ne va pas refaire le match.. Je crois que si la mère comme le père avait les mêmes droits/congés, si notre société comprenait enfin que c’est en s’occupant de ses enfants que l’on en fait des adultes heureux et épanouis, tout serait plus facile…

Aujourd’hui, je me choisis donc comme Super-héroïne de Ma vie parce que je me rends compte de tout ce que j’accomplis au quotidien.. Je suis fière de moi parce que je tente tant bien que mal de me respecter..

Cela dit.. Je ne cache pas mon envie irrésistible de poser la cape une bonne fois pour toute.. Une retraite bien méritée.. en allant travailler… Ou avec les pieds sur la table, un verre à la main…

Les Autres

Depuis quelques temps déjà, les autres sont une souffrance pour vous.

Le cocon familial (amour, enfants) reste votre bulle mais la famille (à peine) plus élargie est source de nombreuses émotions contradictoires. Quant à l’extérieur.. Le plus grand rôle de votre vie est de réussir à sortir de chez vous et de faire « comme les autres ». Vous arrivez à préparer les enfants pour la journée, les emmener à l’école ou à la crèche, dire bonjour aux uns et aux autres, faire les courses, aller chez le médecin, à la pharmacie quand l’un d’entre eux est malade.. Vous savez parler à la petite voisine qui aime bien faire sa commère, ou saluer le facteur quand il dépose le courrier…

Une fois à la maison… Vous vous sentez mieux.. Vous vous sentez vous. Vous êtes en sécurité.

Et en même temps, la torture commence.

Il y a d’abord ce logiciel, dans votre tête, qui analyse, décortique tout ce qui s’est passé à l’extérieur et qui relève tout ce qui est suspect, tout ce qui aurait pu se passer, tout ce qui ne s’est pas passé, tout ce que vous auriez du faire, tout ce que vous avez fait, ou dit.. comment vous l’avez fait ou dit..

Ensuite, une application autonome vous explique comment, même en étant chez vous, les autres peuvent vous atteindre.. Via les réseaux sociaux (que vous ne vous résolvez pas à quitter), ou en vous appelant grâce au portable, ou par mail…

Et puis il y a ces tâches en arrière plan : la culpabilité de ne pas être efficace, la mise en place de listes pour « faire ce qu’il y a à faire » puisque vous êtes à la maison…

Tout cela est énergivore au possible.. Se blinder pour ne pas être pris.e de court à l’extérieur, faire le dos rond à la maison en cas de coup de massue inattendu…

Une fatigue indicible se fait alors sentir.. Elle est là en permanence pendant que votre cerveau s’efforce d’ériger puis de tenir une barrière contre.. contre quoi ??

Contre vous-même en fait..

Souvent, vous allumez la tv.. La seule chose qui arrive à mettre en sourdine vos peurs et autres inquiétudes.. Avant vous lisiez.. Mais en dehors du fait que cela vous endorme maintenant au bout de 2 pages, vous aviez cette impression de décalage, vous n’habitiez plus votre vie.. Et l’atterrissage était trop pénible.

Ces derniers jours vous vous demandez si c’est vraiment vous ou s’il s’agit juste d’une conséquence de ce qui s’est passé ces dernières années… Vous n’avez pas l’impression qu’avant, vous étiez comme ça..

Une succession d’épreuves laisse des traces.. et même si l’on cherche, et qu’on réussit, à remonter la pente, il y a comme des empreintes qu’on regarde par dessus l’épaule..

Vous auriez voulu être une personne discrète, avoir l’intelligence des gens simples. Mais vous n’en avez pas le caractère ni la même histoire.. Chez vous, la discrétion est devenue de la transparence.. Vous vous sentez comme effacé.e de la vie des autres.. Pour diverses raisons..

La moins douloureuse reste la distance géographique.. Il y a des personnes que vous aimez beaucoup, qui peut-être vous aiment encore, connues il y a longtemps ou un peu moins.. Qui sont loin. Vous n’avez jamais été très talentueux.se dans les relations à distance..C’est compliqué de trouver le juste milieu entre le « parle-moi de toi et je te parlerai de moi », « donne moi ton avis et je te donnerai mon conseil ». Cela dit, de nos jours, les réseaux sociaux facilitent grandement la prise de contact !

Mais, et voila autre raison, vous n’avez rien à dire, ou pas grand chose. Les réseaux sociaux n’ont pas tant libéré votre parole ou vos avis que ça.. Vous n’avez pas de messages implicites à faire passer à qui que ce soit. Vous vivez votre vie en direct-live avec vous-même et cela vous semble bien suffisant. Enfin, vous ne partez pas du principe que l’on peut prendre des nouvelles de ceux qu’on aime en 280 caractères ou en postant quelques émoticônes.

Quoiqu’on en dise, aujourd’hui, les réseaux permettent cette sorte d’impunité qui attire ceux qui ont toujours quelque chose à dire.. à critiquer..

S’ajoutent à cela une santé fragilisée, des événements difficiles, des finances en berne empêchant sorties, voyages et visites..

Vous ne faites pas envie.. Clairement.

Le temps passe, vous existez en pointillés et pour peu que vous refusiez de préciser votre âge, même FB ne vous souhaite plus votre anniversaire, encore moins ceux de vos enfants.

Alors, toujours cette distance avec les autres..

Vous n’arrivez déjà plus à leur téléphoner.. Vous mettez des heures à écrire un simple texto ou à démarrer un mail. Écouter votre répondeur est au-dessus de vos forces..

C’est comme si la voix des autres était trop intrusive et leurs réactions imprévisibles, menaçantes. Comme si votre bulle pouvait éclater au simple contact de l’autre.

Vous avez voulu cet oubli, cet éloignement, qui vous blesse et vous isole.

Et pourtant..

Souvenez vous quand vous dansiez sous pluie, comme la vie était légère…

Apprenez que tout n’est pas combat, le temps guérit les blessures.

Ouvrez vos bras,

Vous vous relèverez..

Encore et toujours.

Don’t Panic – Coldplay

Nouvelle Année!

A partir du 31 décembre, et jusqu’à la fin du mois de janvier, on se souhaite à tous, sans presque plus réfléchir, une bonne année.. 

Au début, de façon festive.. et au fur et à mesure que janvier s’écoule, on s’essouffle.. on s’agace parfois.. Avons nous oublié quelqu’un? Tata Jojo? La boulangère ou la dame de la crèche? A t on utilisé les bons termes, la bonne manière?

Avant tout ça, cette année, on pourrait l’espace de quelques instants, regarder en arrière.. 

Voir le chemin parcouru: les progrès, les hésitations, les réussites, les échecs..

Lever la tête et contempler ce qui a été accompli.. sans complaisance, sans excuses, sans regrets.

Bravo!

Oui, bravo!

Cette année, comme toutes les autres, vous avez survécu. Vous avez vécu..

Les guerres qu’il y avait à mener, vous leur avez fait face.

Les douceurs qu’il y avait à distribuer, vous les avez données.

Avec ce que vous pouviez, avec tout ce dont vous étiez capable.

Bien sûr, vous avez fait des erreurs. Bien sûr, vous n’êtes pas parfait.e.

C’est évident!

Si vous l’étiez.. il n’y aurait pas d’histoires… il n’y aurait rien à améliorer. Rien à souhaiter pour l’année suivante..

Vous avez le droit d’être fatigué.e, d’être essoufflé.e.

Arrêtez vous, un peu, ou beaucoup.. Reposez vous.

Personne ne gravit une montagne sans marquer de pauses de temps en temps.

Et quand vous vous sentirez prêt.e, remettez vous en marche.

Parce qu’en fait, vous n’avez pas le choix que d’avancer.. même à votre rythme.. 

On peut dire ce qu’on veut.. Mais la Vie.. C’est ça.. Des hauts, des bas.. Des collines et des pics à gravir.. Des faux-plats ou des cuvettes… 

On nous fait croire que l’on peut atteindre un lieu Idyllique, une sorte d’Eden et que ce jour-là, nous deviendrons un être accompli, serons parfaitement heureux.. La Vérité, la Vraie: c’est que le paradis, c’est ici et ce que vous en faites.. Là où vous êtes.. Parce que vous y êtes.. et avec qui vous le vivez.

Profitez-en.. Rendez le meilleur de jour en jour.. N’attendez pas, n’attendez plus.. De rien, ni de personne. Avancez!

Je vous souhaite d’être fier.e de ce que vous avez vécu, de ce que vous êtes devenu.e. Je vous souhaite de savoir ce que vous voulez devenir durant cette nouvelle année.

J’espère que vous emprunterez la route adéquate pour y parvenir.. N’oubliez pas que si jamais vous vous perdiez en chemin, il sera toujours possible de revenir sur vos pas ou d’inventer un itinéraire-bis.

Enfin, je vous souhaite d’être entouré.e.. Des bonnes personnes.. Celles que vous aimez, celles qui vous aiment..  Vous savez, ces êtres qui vous acceptent tout entier.e, et ne veulent que votre bonheur…

J’espère que vous laisserez s’éloigner ceux qui ne feront qu’assombrir votre horizon ou votre quotidien. N’hésitez pas à garder vos yeux et vos bras ouverts pour accueillir celles et ceux qui en auraient besoin ou qui reviendraient à l’occasion..

Saupoudrez tout ça de quelques rêves et de rires joyeux… Vos pas n’en seront que plus légers!

Belle année 2020!

Bonne Année, Bonne Chance! (Guy Béart)

Cette fille-là

L’autre jour, en discutant avec mon mari, sur le sujet “ME TOO”, je me suis surprise à lui répondre: “ Tu sais, si je devais te raconter toutes les fois où un mec s’est frotté à moi dans le RER, les fois où un gars m’a traité de laideron dans le bus parce que je l’ignorais, où un garçon m’a suivi pour avoir mon tel, m’a abordé dans les bois quand je faisais mon sport, a voulu me chauffer en boite en me serrant un peu trop fort, m’a dragué lourdement pendant mon stage de lycée… On en aurait pour un certain temps..”

Et j’ai repensé à cette fille-là.. Celle que j’étais.. et à mon histoire…

On peut penser ce qu’on veut de “ME TOO”.. On peut se dire que ça ne nous concerne pas vraiment.. Parce que nous, on s’en est sorties.. Parce que nous, c’est un peu moins grave que d’autres.. Parce que bon.. Est ce que notre comportement ou notre accoutrement ne les a pas un peu cherché? Et si on les empêche de nous importuner, que feront ils pour s’occuper, les pauvres?!…(poke C.Deneuve)..

Un jour, j’ai entendu Sophie Fontanel à la radio, parler de notre droit au refus et de cette espèce de culture de l’érection … Et j’ai continué à mouliner… 

Alors mon histoire, que je croyais digérée, assumée, que je pensais archivée.. Mon histoire m’a fait de l’œil.. Elle est désormais éclairée différemment.. Par ce phénomène de société, aussi par mon âge (bientôt 40) et enfin par mon statut de maman..

En maternelle, garçons et filles se mélangent.. Aucune différence de comportement, de traitement..

En primaire (non-mixte), les seuls garçons que je côtoie de près sont mes frères.. et leurs copains, autant dire que je n’y vois rien d’intéressant…

Au collège.. En 6ème, Anthony K. s’amuse à me faire des croche-pieds pour voir sous ma jupe et se moque de moi le reste du temps.. En 5ème, cheveux coupés-au-bol, me la joue “sportive” en jouant au basket.. En 4ème, j’attends désespérément la fin de mon traitement orthodontique.. de porter des lentilles de contact.. Bref.. De me transformer… J’ai un faible pour l’un des copains de mon grand frère.. Mais ils me surnomment Kurt (pour Kurt Cobain!) Finalement, c’est en redoublant ma 3ème que je deviens visible auprès des garçons…

Il me semble que d’une année sur l’autre, je passe de la rigolote acnéique à lunettes à la délurée sans les culs-de-bouteilles, avec une nouvelle coupe de cheveux … J’ai changé de camp.. Même si j’attendais ça avec ferveur, je crois que je n’y étais pas préparée.. (ma mère non plus d’ailleurs)

A cette époque-là, je crois dur comme fer à l’histoire de la chenille qui se transforme en papillon.. C’est un peu ce qui m’a fait tenir durant les années collèges… Ce mythe de la jeune fille qui ne ressemble à rien et qui après relooking, vaut le détour.. Vraiment, je m’y accrochais de toute mes forces… Comme si c’était une fin en soi, être remarquée par les garçons… On dirait un remake, un peu mauvais, un peu frenchie, de Grease ou Dirty Dancing, mes films cultes de l’époque…

J’ai pris la pilule très tôt… Pas pour coucher.. Non.. Pour les boutons d’acné.. Prescrite par ma dermato, qui m’a expliqué ce qu’était la Diane… Moi, j’ai juste entendu: “plus de boutons”.. Les lentilles de contact, c’est un gros effort de ma part.. Me mettre les doigts dans l’oeil.. Beurk! Mais j’aurai tout accepté pour pouvoir arrêter d’avoir à remonter sur mon nez ces satanés lunettes… Et les appareils dentaires… Ces engins de tortures nocturnes et diurnes qui vous offrent une chance de faire rentrer dans votre bouche ces énormes dents trop écartées…

Bref.. C’est un travail de longue haleine qui a commencé à porter ses fruits à l’été 1994, quand mes parents m’ont inscrit, 2 ans de suite, à un stage ado au club de plage.

Il s’appelle Yann, à peine la trentaine.. Il est beau, bronzé, musclé, il sent bon (XS de Paco Rabanne).. Il correspond en tout point au stéréotype du pompier, qu’il est dans la “vraie” vie.. L’été, il est le mono du groupe d’ados inscrits au club Mickey. C’est la première année que le gérant fait ça.. et c’est sa fille et son compagnon qui s’en occupent. On fait des activités vélo, visites, danses.. et des boums en fin de semaine.

Je crois qu’à peu près toutes les filles du groupe ont un faible pour lui.. De toute façon, c’est un peu l’âge où garçons et filles se découvrent, se rapprochent.. Tout en se moquant les uns des autres.. Dans les années 90, les réseaux sociaux n’existent pas encore.. tout est un peu plus lent, un peu plus innocent ou naïf ou les 2, ou les 3, ou c’est juste moi… Du coup, niveau communication, c’est pas trop ça.. mais ça reste assez inoffensif…

A cette époque-là, même si je me transforme.. Je ne me vois pas “jolie”.. A posteriori, je me rends bien compte que cette fille-là, sans être un top modèle, n’est pas un laideron.. ni obèse.. C’est un peu dommage de ne pas avoir été apaisée au sujet de mon physique, quelque part, j’aurai pu utiliser cette énergie à autre chose… Mais bon.. Dans ma famille, le physique n’est pas une priorité, ce n’est pas un sujet primordial, donc peu abordé…
Dans les livres ou les films, on parle souvent des premières érections masculines, mais jamais, ou très peu du corps féminin qui s’éveille.. Si le mien évolue comme je le souhaite tant, je découvre aussi les premiers émois.. Je ne sais pas ce qui se passe en moi..

Personne ne m’a expliqué.. Je ne viens pas d’un milieu particulièrement bourgeois.. Cela dit, j’ai été plutôt “protégée”.. avec quelques zones d’ombres sur certains sujets.. Bien sûr, j’ai bien le béguin pour un garçon de notre groupe d’ado. Mais il y a en plus une sorte de sensualité, quelque chose d’impérieux…. un besoin charnel s’impose à moi et je ne sais pas quoi en faire.. Je ne peux pas me confier à mes parents.. sans parler de mes frères… Mes copines ne semblent pas tourmentées comme moi.. Alors, je me tourne vers Yann..

Si je m’étais tue, j’aurai probablement découvert par moi-même certaines choses et d’autres avec un premier flirt estival.. Cet été-là, l’été où j’ai parlé avec Yann, Doc Gyneco chantait: “viens voir le docteur”, qui connait les paroles, connaîtra mon histoire… 

Je ne plaisante pas.. Mes copains de plage sont, selon lui, trop inexpérimentés, trop indécis.. Lui saurait faire, il saurait m’apprendre.. Il avait 30 ans, j’en avais 15. J’aurai aimé dire qu’il a été mon Pygmalion et que durant de nombreuses heures, nous avons procédé avec délices à mon initiation sexuelle.. Un peu comme un roman à l’eau de rose, où l’homme peut tout et la femme, une belle poupée chiffon qui ne sait rien..

La vérité, c’est qu’il ne m’a rien appris du tout. Même à ce moment-là, je perçois bien le fiasco.. J’ai vu le loup pendant quelques minutes.. et certes, cela répond à certains de mes fantasmes.. Mais où est le plaisir? Où est le partage? A cet instant précis, il n’y a qu’un homme au sexe levé qui satisfait à ses propres pulsions. Et je ne dois pas être la seule à avoir vécu ça avec lui, vu son expertise en la matière. Le seul avantage que j’y vois est d’avoir perdu ma virginité d’une façon tout à fait indolore.. Je n’ai rien senti. Cette première fois ne m’a fait ni du mal, ni du bien.

La suite n’a pu être que logique… L’année qui suivit cet été-là fut assez particulière. J’ai toujours pensé que toute cette histoire était assumée, que c’était un choix que j’avais fait.. Même lorsque deux ans après, le commissariat du coin nous a convoqué, ma mère et moi, pour témoigner dans le cadre d’une plainte d’une de mes anciennes copines de plage.

Comme il n’avait pas utilisé de préservatif, j’ai voulu faire un test HIV. Sauf que n’étant pas informée de l’existence de centres de dépistages anonymes et gratuit, qui ne devaient pas être nombreux à l’époque, j’ai fait la prise de sang dans le labo d’analyse qu’un copain connaissait.. Il a fallu donc que je fournisse un numéro de sécu et que je paye… Je n’avais ni l’un ni l’autre.. Quand j’ai raconté à ma mère que j’avais eu un rapport sexuel non protégé avec l’un de mes copains de plage, elle ne m’a pas cru. Je ne suis pas une bonne menteuse.. Elle a fini par “enquêter” elle-même; et c’est en perquisitionnant au domicile de Yann, que les policiers ont retrouvé une lettre de ma mère, qui l’accusait d’avoir abusé de moi.

Elle a hésité à m’en parler.. C’est l’année de mon bac.. Mes parents divorcent.. Un garçon de ma promo vient de se suicider.. Année “un peu” difficile…

Mais, en réalité, elle n’a pas vraiment le choix.. Les policiers nous ont entendues toutes les deux, séparément. Je ne sais pas ce qu’elle leur a raconté; d’ailleurs, je ne sais même pas le contenu exact de sa lettre..

Je me souviendrai toujours de la policière tapant sur son vieil ordinateur avec les 2 index.. L’entretien fut long et fastidieux. La plainte qui avait tout déclenché ne m’a pas été clairement expliquée.. Une fille du club ado, que je ne côtoyais pas vraiment, avait déposé plainte pour attouchements ou quelque chose du genre contre Yann.. La lettre de ma mère leur semblait assez explicite mais il leur fallait déterminer si mon expérience était vraiment similaire à la sienne.

A ce moment-là, je ne parle pas de viol. J’ai voulu assumer mes actes parce que je me voyais totalement responsable de ce qui s’était passé. Il aurait pu en être autrement parce que personne ne m’a forcé à rejoindre Yann ce soir-là. Jamais il ne m’a menacé, ni violenté…

Aujourd’hui, je ne parlerai pas de viol non plus. Ce que je ressens maintenant, ce n’est pas du regret, ce n’est pas de la colère.. En fait, je pense que j’ai passé l’âge pour que cela m’affecte réellement. Quelque part, tout ce que j’ai vécu par la suite, le bon comme le moins bon, découle de ce moment et participe à ce que je suis aujourd’hui.

Mais…

Il avait 30 ans, j’en avais 15. Son rôle était d’encadrer des mineurs durant certaines activités organisées par un club de plage. S’il pouvait tout à fait sympathiser avec les adolescents dont il avait à la charge, donner des conseils sexuels et les mettre en pratique était en dehors de ses fonctions… Avec ma casquette de femme de 39 ans, 2 fois maman, je sais aujourd’hui qu’on peut probablement qualifier ce qu’il a fait d’”abus de confiance / de faiblesse d’une mineure”.

Qui aurait pu m’expliquer que ce qui s’était passé n’était pas dans l’ordre des choses? La réaction maternelle fut un peu trop excessive pour que j’entende quoique ce soit.. Et la policière qui a tapé ma déposition s’est abstenue de tout commentaire. Quels adultes pour m’alerter avant? Pour m’aider après?

J’aurai donc mis 24 ans pour voir ce qui s’est vraiment passé ce jour-là, 24 ans pour voir que cela n’aurait jamais dû être, 24 ans pour ne pas me voir comme coupable. En vieillissant, et en observant notre société évoluer avec “ME TOO”, j’ai pu appréhender ce que j’ai vécu alors que mon corps l’avait compris bien avant moi puisque j’ai souffert de vaginisme durant l’année qui suivit.

Existe-t-il un délai de prescription pour parler, pour comprendre, pour accepter?

Cette idée de la femme qui cherche ce genre de problèmes, autant dire: la femme pécheresse, est tellement ancrée dans nos esprits. J’étais persuadée que j’avais eu ce que j’avais demandé, ni plus, ni moins.. J’étais fautive. Je ne pouvais donc que m’en prendre à moi-même. Je crois que durant tout ce temps, dans ma tête, je n’ai jamais vraiment accusé Yann de quoique ce soit.

Et pourtant! J’avais 15 ans, ma seule faute a été d’avoir parlé avec la mauvaise personne.

Depuis quelques jours, je me demande s’il y en a eu d’autres après moi.. ou tout du moins après la plainte de cette fille-là que je connaissais peu, mais qui a eu le courage de parler et qui a compris tout de suite ce qu’il était. J’espère de tout mon cœur qu’elle aura été entendue et qu’il n’aura pu recommencer. Mais j’en doute..

Qu’elle sache, cette fille-là, qu’elle n’est plus seule.

Lutte contre le harcèlement scolaire

Gabriel n’a pas 3 ans quand il entre en petite section de maternelle. Il y va parce que c’est l’année de ces 3 ans, il y va parce que ses parents pense qu’il est prêt: il s’exprime bien, il est très curieux, a envie de découvrir “l’école”, et il est propre. Gabriel a de la chance parce que son école n’est pas trop grande, il n’y a que 6 classes et sa maîtresse Béatrice a l’air gentille et très volontaire. Sa salle de classe est pleine de jouets et d’activités intéressantes mais la cour de récréation lui fait peur.. Il y a beaucoup d’enfants qui jouent, qui courent, qui crient… qui chahutent.. C’est nouveau pour Gabriel, enfant unique, et dont la nounou n’avait pas une vie sociale très développée..

Gabriel pleure souvent devant le portail parce que maman lui manque et qu’il ne sait pas quoi faire quand il est dehors, il ne connaît personne et ne sait pas jouer avec les autres enfants. Alors il reste avec la maîtresse dans la classe ou il suit Nathalie, son ATSEM, comme son ombre. Comme il est petit, on a conseillé à maman de le récupérer le midi et de le garder l’après-midi avec elle.. Mais maman, qui travaille et est enceinte, ne peut pas faire ça tous les jours et elle n’a personne à qui confier Gabriel. Même s’il ne va pas souvent à la garderie, les journées sont longues pour lui..

Et puis, avant les vacances de Noël, Gabriel se rapproche d’un petit garçon à l’air sérieux… Léo. Léo a 6 mois de plus que Gabriel et il est plus sûr de lui. Ils finissent l’année scolaire en devenant les meilleurs amis du monde.. L’un et l’autre s’amusent en tout et pour tout, si bien qu’ils sont souvent tous les deux pris à faire des bêtises… Béatrice, la maîtresse, préconise de les séparer à la rentrée prochaine afin d’éviter une sorte d’amitié exclusive qui les desservirait..

Septembre revient et les 2 garçons entrent en moyenne section mais chacun dans sa classe. Contrairement à d’autres parents, ceux de Gabriel, confiants, n’ont pas insisté auprès de la directrice pour que leur enfant soit avec ses amis de l’année passée. C’est ainsi que Gabriel se retrouve à nouveau avec des enfants qu’il ne connaît pas et avec une nouvelle maîtresse, un peu moins gentille que Béatrice. Léo, lui, est avec la quasi totalité de leur ancienne classe et avec une maîtresse souvent en arrêt maladie..

Très vite, et sans que personne ne puisse le remarquer, Gabriel est mis de côté dans la cour de récréation par les copains de l’année passée.. et ne connaissant pas ceux de sa nouvelle classe, qui se voyaient avant, il n’arrive pas à s’y intégrer… A moins de 4 ans, il est difficile de comprendre et d’accepter pourquoi des enfants ne voudraient plus jouer avec lui.. ou ne seraient tout simplement pas d’accord pour partager un jeu.. Gabriel a du mal à trouver sa place où qu’il soit.. dans sa classe avec cette maîtresse, si prompte à juger ses dessins, si vite agacée et impatiente quand il ne va pas assez vite.. Et dans la cour de récréation, Léo commence à se détourner de lui; pire, il lui interdit de jouer avec lui et les autres copains.. Il est mal à l’aise et, souvent, quand on le gronde, il rit, gigote, regarde ailleurs.. Gabriel ne sait plus où est sa place.. Il a l’impression de faire tout mal, tout le temps. Il se fait gronder souvent pour des broutilles mais qui à la longue sont trop répétitives.. Son attitude avec les autres enfants est parfois problématique et on doit souvent le reprendre. Léo accuse Gabriel de l’avoir bousculé, et presque de l’avoir tapé. Une maman lui reproche d’avoir déchiré la capuche d’un manteau…

A la maison, maman et papa ne comprennent pas bien ce qu’il se passe, d’autant que rien n’est facile pour eux non plus.. Mais quand la maîtresse les accuse de trop protéger leur enfant et de lui passer trop de choses, ils voient rouge tous les deux! Ils défendent leur famille et comprennent qu’il n’y a pas de dialogue possible avec cette femme.

Un soir, papa vient chercher Gabriel à l’école et en sortant, Léo les poursuit en criant: “Gabriel est méchant! Gabriel est nul! Gabriel est un bébé!” Papa se retourne face à Léo qui s’enfuit en courant, cherche des yeux la maman qui est au loin et n’a pas remarqué le manège de son fils. Papa s’agenouille devant Gabriel et lui dit: “Gabriel, c’est faux. Tu es un super petit garçon! et je t’aimerai toujours quoiqu’il arrive”.  Plus tard, en parlant avec Gabriel, les parents apprennent que tous les jours, Léo le poursuit dans la cour de récréation et l’empêche de jouer avec les autres enfants en lui hurlant dessus… Ce qui passe pour le jeu du chat et de la souris aux yeux des surveillants est en fait une interdiction systématique de la part de son ancien ami de s’approcher des autres. Parfois, Léo n’est pas seul et Gabriel est poursuivi par quelques enfants qui le montrent du doigt et le malmènent. Alors, au bout d’un moment, Gabriel, débordé par ses émotions, se met en colère et se défend comme il peut. Évidemment, il est attrapé par les adultes, grondé, et puni.. et catalogué comme… Violent.

L’équipe enseignante et encadrante a peu écouté papa et maman quand ils ont tenté de sonner l’alarme. Ils sont passés pour des parents trop protecteurs, trop à l’écoute.. et personne n’avait envie de comprendre ce qui se passait, et insister revenait à apposer une étiquette de harcèlement scolaire sur cette maternelle “familiale”. Alors les parents se sont trouvés bien démunis et sans savoir comment aider leur fils. Personne pour les conseiller. Enfin de compte, la Vie leur a donné un petit coup de pouce puisque les parents de Léo, mutés, sont partis en cour d’année et Gabriel, avec l’aide de la psy de la PMI, a pu finir l’année plus sereinement et se faire enfin des nouveaux amis en s’intégrant dans sa classe et en allant plus souvent au centre aéré.

Plus tard, la famille a décidé de quitter la ville. La nouvelle école de Gabriel est à l’opposé de l’ancienne.. Sa nouvelle maîtresse est impliquée et à l’écoute des enfants. Pour Gabriel, c’est le jour et la nuit..  A presque 5 ans, il se rend compte que ce qui était son quotidien ailleurs, ne devrait pas être une normalité.. Quelque part, il cherche à comprendre les réactions de ceux qu’il a en face de lui et c’est encore un grand mystère parfois pour lui…

Le harcèlement scolaire peut commencer à n’importe quel âge et toucher n’importe qui. C’est une situation complexe qu’il vaut mieux chercher à comprendre avant de montrer du doigt un coupable idéal. Les équipes enseignantes et encadrantes devraient être formées spécifiquement. Et tous les parents devraient être accompagnés pour mieux aider leurs enfants, harcelés ou harceleurs…

(La tendance de dénoncer sur les réseaux sociaux, c’est un peu faire justice soi-même.. Ce n’est pas une solution mais sans doute la seule sonnette d’alarme que trouvent certains parents pour que cela cesse.. Et si, on leur proposait une solution un peu moins extrême?)