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Les Autres

Depuis quelques temps déjà, les autres sont une souffrance pour vous.

Le cocon familial (amour, enfants) reste votre bulle mais la famille (à peine) plus élargie est source de nombreuses émotions contradictoires. Quant à l’extérieur.. Le plus grand rôle de votre vie est de réussir à sortir de chez vous et de faire « comme les autres ». Vous arrivez à préparer les enfants pour la journée, les emmener à l’école ou à la crèche, dire bonjour aux uns et aux autres, faire les courses, aller chez le médecin, à la pharmacie quand l’un d’entre eux est malade.. Vous savez parler à la petite voisine qui aime bien faire sa commère, ou saluer le facteur quand il dépose le courrier…

Une fois à la maison… Vous vous sentez mieux.. Vous vous sentez vous. Vous êtes en sécurité.

Et en même temps, la torture commence.

Il y a d’abord ce logiciel, dans votre tête, qui analyse, décortique tout ce qui s’est passé à l’extérieur et qui relève tout ce qui est suspect, tout ce qui aurait pu se passer, tout ce qui ne s’est pas passé, tout ce que vous auriez du faire, tout ce que vous avez fait, ou dit.. comment vous l’avez fait ou dit..

Ensuite, une application autonome vous explique comment, même en étant chez vous, les autres peuvent vous atteindre.. Via les réseaux sociaux (que vous ne vous résolvez pas à quitter), ou en vous appelant grâce au portable, ou par mail…

Et puis il y a ces tâches en arrière plan : la culpabilité de ne pas être efficace, la mise en place de listes pour « faire ce qu’il y a à faire » puisque vous êtes à la maison…

Tout cela est énergivore au possible.. Se blinder pour ne pas être pris.e de court à l’extérieur, faire le dos rond à la maison en cas de coup de massue inattendu…

Une fatigue indicible se fait alors sentir.. Elle est là en permanence pendant que votre cerveau s’efforce d’ériger puis de tenir une barrière contre.. contre quoi ??

Contre vous-même en fait..

Souvent, vous allumez la tv.. La seule chose qui arrive à mettre en sourdine vos peurs et autres inquiétudes.. Avant vous lisiez.. Mais en dehors du fait que cela vous endorme maintenant au bout de 2 pages, vous aviez cette impression de décalage, vous n’habitiez plus votre vie.. Et l’atterrissage était trop pénible.

Ces derniers jours vous vous demandez si c’est vraiment vous ou s’il s’agit juste d’une conséquence de ce qui s’est passé ces dernières années… Vous n’avez pas l’impression qu’avant, vous étiez comme ça..

Une succession d’épreuves laisse des traces.. et même si l’on cherche, et qu’on réussit, à remonter la pente, il y a comme des empreintes qu’on regarde par dessus l’épaule..

Vous auriez voulu être une personne discrète, avoir l’intelligence des gens simples. Mais vous n’en avez pas le caractère ni la même histoire.. Chez vous, la discrétion est devenue de la transparence.. Vous vous sentez comme effacé.e de la vie des autres.. Pour diverses raisons..

La moins douloureuse reste la distance géographique.. Il y a des personnes que vous aimez beaucoup, qui peut-être vous aiment encore, connues il y a longtemps ou un peu moins.. Qui sont loin. Vous n’avez jamais été très talentueux.se dans les relations à distance..C’est compliqué de trouver le juste milieu entre le « parle-moi de toi et je te parlerai de moi », « donne moi ton avis et je te donnerai mon conseil ». Cela dit, de nos jours, les réseaux sociaux facilitent grandement la prise de contact !

Mais, et voila autre raison, vous n’avez rien à dire, ou pas grand chose. Les réseaux sociaux n’ont pas tant libéré votre parole ou vos avis que ça.. Vous n’avez pas de messages implicites à faire passer à qui que ce soit. Vous vivez votre vie en direct-live avec vous-même et cela vous semble bien suffisant. Enfin, vous ne partez pas du principe que l’on peut prendre des nouvelles de ceux qu’on aime en 280 caractères ou en postant quelques émoticônes.

Quoiqu’on en dise, aujourd’hui, les réseaux permettent cette sorte d’impunité qui attire ceux qui ont toujours quelque chose à dire.. à critiquer..

S’ajoutent à cela une santé fragilisée, des événements difficiles, des finances en berne empêchant sorties, voyages et visites..

Vous ne faites pas envie.. Clairement.

Le temps passe, vous existez en pointillés et pour peu que vous refusiez de préciser votre âge, même FB ne vous souhaite plus votre anniversaire, encore moins ceux de vos enfants.

Alors, toujours cette distance avec les autres..

Vous n’arrivez déjà plus à leur téléphoner.. Vous mettez des heures à écrire un simple texto ou à démarrer un mail. Écouter votre répondeur est au-dessus de vos forces..

C’est comme si la voix des autres était trop intrusive et leurs réactions imprévisibles, menaçantes. Comme si votre bulle pouvait éclater au simple contact de l’autre.

Vous avez voulu cet oubli, cet éloignement, qui vous blesse et vous isole.

Et pourtant..

Souvenez vous quand vous dansiez sous pluie, comme la vie était légère…

Apprenez que tout n’est pas combat, le temps guérit les blessures.

Ouvrez vos bras,

Vous vous relèverez..

Encore et toujours.

Don’t Panic – Coldplay