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Parce que l’Amour

Je veux qu’on m’aime.

Comme je suis, et telle que je ne suis pas. Pour ce que je pourrai être et ce que je n’arrive pas à devenir..

Je veux qu’on m’aime.

Parce que je le mérite ou que je le vaux bien. Parce que je suis moi et personne d’autre.

Je veux qu’on me choisisse, qu’on me prenne dans son équipe.. Je veux qu’on m’admire ou qu’on me cajole.. Je veux des compliments et des mots doux, des câlins et des caresses.

Peu importe si j’en ai déjà, j’en veux plus.

Parce que l’Amour, c’est l’argent du pauvre.

Je sais qu’aujourd’hui, ça se mesure en like et partage.. Je sais que j’ai moins de friends ou de followers que d’autres.. Et que même les trolls m’ignorent… Je sais dire que ça n’a jamais d’importance.. Pourtant parfois… je ne sais pas si je n’étais plus là, est-ce que ça se verrai ou pas…?

Il y a quelqu’un qui m’aime.

Comme il est et tel que je le vois. Pour ce qu’il promet et ce qu’il sera.

Il y a quelqu’un qui m’aime.

Parce qu’on s’est rencontrés ou qu’il l’a bien voulu. Parce qu’il est lui et personne d’autre.

Il y quelqu’un qui m’a choisi, qui m’a voulu dans son équipe et à ses côtés. Il y a quelqu’un qui est fier d’être là ou de me porter quelquefois. Il y a quelqu’un dont je ne me lasserai jamais.

Peu importe si je n’ai que lui, je le veux encore.

Parce que l’Amour…

La Tendresse – Bourvil

Les Autres

Depuis quelques temps déjà, les autres sont une souffrance pour vous.

Le cocon familial (amour, enfants) reste votre bulle mais la famille (à peine) plus élargie est source de nombreuses émotions contradictoires. Quant à l’extérieur.. Le plus grand rôle de votre vie est de réussir à sortir de chez vous et de faire « comme les autres ». Vous arrivez à préparer les enfants pour la journée, les emmener à l’école ou à la crèche, dire bonjour aux uns et aux autres, faire les courses, aller chez le médecin, à la pharmacie quand l’un d’entre eux est malade.. Vous savez parler à la petite voisine qui aime bien faire sa commère, ou saluer le facteur quand il dépose le courrier…

Une fois à la maison… Vous vous sentez mieux.. Vous vous sentez vous. Vous êtes en sécurité.

Et en même temps, la torture commence.

Il y a d’abord ce logiciel, dans votre tête, qui analyse, décortique tout ce qui s’est passé à l’extérieur et qui relève tout ce qui est suspect, tout ce qui aurait pu se passer, tout ce qui ne s’est pas passé, tout ce que vous auriez du faire, tout ce que vous avez fait, ou dit.. comment vous l’avez fait ou dit..

Ensuite, une application autonome vous explique comment, même en étant chez vous, les autres peuvent vous atteindre.. Via les réseaux sociaux (que vous ne vous résolvez pas à quitter), ou en vous appelant grâce au portable, ou par mail…

Et puis il y a ces tâches en arrière plan : la culpabilité de ne pas être efficace, la mise en place de listes pour « faire ce qu’il y a à faire » puisque vous êtes à la maison…

Tout cela est énergivore au possible.. Se blinder pour ne pas être pris.e de court à l’extérieur, faire le dos rond à la maison en cas de coup de massue inattendu…

Une fatigue indicible se fait alors sentir.. Elle est là en permanence pendant que votre cerveau s’efforce d’ériger puis de tenir une barrière contre.. contre quoi ??

Contre vous-même en fait..

Souvent, vous allumez la tv.. La seule chose qui arrive à mettre en sourdine vos peurs et autres inquiétudes.. Avant vous lisiez.. Mais en dehors du fait que cela vous endorme maintenant au bout de 2 pages, vous aviez cette impression de décalage, vous n’habitiez plus votre vie.. Et l’atterrissage était trop pénible.

Ces derniers jours vous vous demandez si c’est vraiment vous ou s’il s’agit juste d’une conséquence de ce qui s’est passé ces dernières années… Vous n’avez pas l’impression qu’avant, vous étiez comme ça..

Une succession d’épreuves laisse des traces.. et même si l’on cherche, et qu’on réussit, à remonter la pente, il y a comme des empreintes qu’on regarde par dessus l’épaule..

Vous auriez voulu être une personne discrète, avoir l’intelligence des gens simples. Mais vous n’en avez pas le caractère ni la même histoire.. Chez vous, la discrétion est devenue de la transparence.. Vous vous sentez comme effacé.e de la vie des autres.. Pour diverses raisons..

La moins douloureuse reste la distance géographique.. Il y a des personnes que vous aimez beaucoup, qui peut-être vous aiment encore, connues il y a longtemps ou un peu moins.. Qui sont loin. Vous n’avez jamais été très talentueux.se dans les relations à distance..C’est compliqué de trouver le juste milieu entre le « parle-moi de toi et je te parlerai de moi », « donne moi ton avis et je te donnerai mon conseil ». Cela dit, de nos jours, les réseaux sociaux facilitent grandement la prise de contact !

Mais, et voila autre raison, vous n’avez rien à dire, ou pas grand chose. Les réseaux sociaux n’ont pas tant libéré votre parole ou vos avis que ça.. Vous n’avez pas de messages implicites à faire passer à qui que ce soit. Vous vivez votre vie en direct-live avec vous-même et cela vous semble bien suffisant. Enfin, vous ne partez pas du principe que l’on peut prendre des nouvelles de ceux qu’on aime en 280 caractères ou en postant quelques émoticônes.

Quoiqu’on en dise, aujourd’hui, les réseaux permettent cette sorte d’impunité qui attire ceux qui ont toujours quelque chose à dire.. à critiquer..

S’ajoutent à cela une santé fragilisée, des événements difficiles, des finances en berne empêchant sorties, voyages et visites..

Vous ne faites pas envie.. Clairement.

Le temps passe, vous existez en pointillés et pour peu que vous refusiez de préciser votre âge, même FB ne vous souhaite plus votre anniversaire, encore moins ceux de vos enfants.

Alors, toujours cette distance avec les autres..

Vous n’arrivez déjà plus à leur téléphoner.. Vous mettez des heures à écrire un simple texto ou à démarrer un mail. Écouter votre répondeur est au-dessus de vos forces..

C’est comme si la voix des autres était trop intrusive et leurs réactions imprévisibles, menaçantes. Comme si votre bulle pouvait éclater au simple contact de l’autre.

Vous avez voulu cet oubli, cet éloignement, qui vous blesse et vous isole.

Et pourtant..

Souvenez vous quand vous dansiez sous pluie, comme la vie était légère…

Apprenez que tout n’est pas combat, le temps guérit les blessures.

Ouvrez vos bras,

Vous vous relèverez..

Encore et toujours.

Don’t Panic – Coldplay

Lutte contre le harcèlement scolaire

Gabriel n’a pas 3 ans quand il entre en petite section de maternelle. Il y va parce que c’est l’année de ces 3 ans, il y va parce que ses parents pense qu’il est prêt: il s’exprime bien, il est très curieux, a envie de découvrir “l’école”, et il est propre. Gabriel a de la chance parce que son école n’est pas trop grande, il n’y a que 6 classes et sa maîtresse Béatrice a l’air gentille et très volontaire. Sa salle de classe est pleine de jouets et d’activités intéressantes mais la cour de récréation lui fait peur.. Il y a beaucoup d’enfants qui jouent, qui courent, qui crient… qui chahutent.. C’est nouveau pour Gabriel, enfant unique, et dont la nounou n’avait pas une vie sociale très développée..

Gabriel pleure souvent devant le portail parce que maman lui manque et qu’il ne sait pas quoi faire quand il est dehors, il ne connaît personne et ne sait pas jouer avec les autres enfants. Alors il reste avec la maîtresse dans la classe ou il suit Nathalie, son ATSEM, comme son ombre. Comme il est petit, on a conseillé à maman de le récupérer le midi et de le garder l’après-midi avec elle.. Mais maman, qui travaille et est enceinte, ne peut pas faire ça tous les jours et elle n’a personne à qui confier Gabriel. Même s’il ne va pas souvent à la garderie, les journées sont longues pour lui..

Et puis, avant les vacances de Noël, Gabriel se rapproche d’un petit garçon à l’air sérieux… Léo. Léo a 6 mois de plus que Gabriel et il est plus sûr de lui. Ils finissent l’année scolaire en devenant les meilleurs amis du monde.. L’un et l’autre s’amusent en tout et pour tout, si bien qu’ils sont souvent tous les deux pris à faire des bêtises… Béatrice, la maîtresse, préconise de les séparer à la rentrée prochaine afin d’éviter une sorte d’amitié exclusive qui les desservirait..

Septembre revient et les 2 garçons entrent en moyenne section mais chacun dans sa classe. Contrairement à d’autres parents, ceux de Gabriel, confiants, n’ont pas insisté auprès de la directrice pour que leur enfant soit avec ses amis de l’année passée. C’est ainsi que Gabriel se retrouve à nouveau avec des enfants qu’il ne connaît pas et avec une nouvelle maîtresse, un peu moins gentille que Béatrice. Léo, lui, est avec la quasi totalité de leur ancienne classe et avec une maîtresse souvent en arrêt maladie..

Très vite, et sans que personne ne puisse le remarquer, Gabriel est mis de côté dans la cour de récréation par les copains de l’année passée.. et ne connaissant pas ceux de sa nouvelle classe, qui se voyaient avant, il n’arrive pas à s’y intégrer… A moins de 4 ans, il est difficile de comprendre et d’accepter pourquoi des enfants ne voudraient plus jouer avec lui.. ou ne seraient tout simplement pas d’accord pour partager un jeu.. Gabriel a du mal à trouver sa place où qu’il soit.. dans sa classe avec cette maîtresse, si prompte à juger ses dessins, si vite agacée et impatiente quand il ne va pas assez vite.. Et dans la cour de récréation, Léo commence à se détourner de lui; pire, il lui interdit de jouer avec lui et les autres copains.. Il est mal à l’aise et, souvent, quand on le gronde, il rit, gigote, regarde ailleurs.. Gabriel ne sait plus où est sa place.. Il a l’impression de faire tout mal, tout le temps. Il se fait gronder souvent pour des broutilles mais qui à la longue sont trop répétitives.. Son attitude avec les autres enfants est parfois problématique et on doit souvent le reprendre. Léo accuse Gabriel de l’avoir bousculé, et presque de l’avoir tapé. Une maman lui reproche d’avoir déchiré la capuche d’un manteau…

A la maison, maman et papa ne comprennent pas bien ce qu’il se passe, d’autant que rien n’est facile pour eux non plus.. Mais quand la maîtresse les accuse de trop protéger leur enfant et de lui passer trop de choses, ils voient rouge tous les deux! Ils défendent leur famille et comprennent qu’il n’y a pas de dialogue possible avec cette femme.

Un soir, papa vient chercher Gabriel à l’école et en sortant, Léo les poursuit en criant: “Gabriel est méchant! Gabriel est nul! Gabriel est un bébé!” Papa se retourne face à Léo qui s’enfuit en courant, cherche des yeux la maman qui est au loin et n’a pas remarqué le manège de son fils. Papa s’agenouille devant Gabriel et lui dit: “Gabriel, c’est faux. Tu es un super petit garçon! et je t’aimerai toujours quoiqu’il arrive”.  Plus tard, en parlant avec Gabriel, les parents apprennent que tous les jours, Léo le poursuit dans la cour de récréation et l’empêche de jouer avec les autres enfants en lui hurlant dessus… Ce qui passe pour le jeu du chat et de la souris aux yeux des surveillants est en fait une interdiction systématique de la part de son ancien ami de s’approcher des autres. Parfois, Léo n’est pas seul et Gabriel est poursuivi par quelques enfants qui le montrent du doigt et le malmènent. Alors, au bout d’un moment, Gabriel, débordé par ses émotions, se met en colère et se défend comme il peut. Évidemment, il est attrapé par les adultes, grondé, et puni.. et catalogué comme… Violent.

L’équipe enseignante et encadrante a peu écouté papa et maman quand ils ont tenté de sonner l’alarme. Ils sont passés pour des parents trop protecteurs, trop à l’écoute.. et personne n’avait envie de comprendre ce qui se passait, et insister revenait à apposer une étiquette de harcèlement scolaire sur cette maternelle “familiale”. Alors les parents se sont trouvés bien démunis et sans savoir comment aider leur fils. Personne pour les conseiller. Enfin de compte, la Vie leur a donné un petit coup de pouce puisque les parents de Léo, mutés, sont partis en cour d’année et Gabriel, avec l’aide de la psy de la PMI, a pu finir l’année plus sereinement et se faire enfin des nouveaux amis en s’intégrant dans sa classe et en allant plus souvent au centre aéré.

Plus tard, la famille a décidé de quitter la ville. La nouvelle école de Gabriel est à l’opposé de l’ancienne.. Sa nouvelle maîtresse est impliquée et à l’écoute des enfants. Pour Gabriel, c’est le jour et la nuit..  A presque 5 ans, il se rend compte que ce qui était son quotidien ailleurs, ne devrait pas être une normalité.. Quelque part, il cherche à comprendre les réactions de ceux qu’il a en face de lui et c’est encore un grand mystère parfois pour lui…

Le harcèlement scolaire peut commencer à n’importe quel âge et toucher n’importe qui. C’est une situation complexe qu’il vaut mieux chercher à comprendre avant de montrer du doigt un coupable idéal. Les équipes enseignantes et encadrantes devraient être formées spécifiquement. Et tous les parents devraient être accompagnés pour mieux aider leurs enfants, harcelés ou harceleurs…

(La tendance de dénoncer sur les réseaux sociaux, c’est un peu faire justice soi-même.. Ce n’est pas une solution mais sans doute la seule sonnette d’alarme que trouvent certains parents pour que cela cesse.. Et si, on leur proposait une solution un peu moins extrême?)