Archives pour la catégorie Janvier 2020

Les Autres

Depuis quelques temps déjà, les autres sont une souffrance pour vous.

Le cocon familial (amour, enfants) reste votre bulle mais la famille (à peine) plus élargie est source de nombreuses émotions contradictoires. Quant à l’extérieur.. Le plus grand rôle de votre vie est de réussir à sortir de chez vous et de faire « comme les autres ». Vous arrivez à préparer les enfants pour la journée, les emmener à l’école ou à la crèche, dire bonjour aux uns et aux autres, faire les courses, aller chez le médecin, à la pharmacie quand l’un d’entre eux est malade.. Vous savez parler à la petite voisine qui aime bien faire sa commère, ou saluer le facteur quand il dépose le courrier…

Une fois à la maison… Vous vous sentez mieux.. Vous vous sentez vous. Vous êtes en sécurité.

Et en même temps, la torture commence.

Il y a d’abord ce logiciel, dans votre tête, qui analyse, décortique tout ce qui s’est passé à l’extérieur et qui relève tout ce qui est suspect, tout ce qui aurait pu se passer, tout ce qui ne s’est pas passé, tout ce que vous auriez du faire, tout ce que vous avez fait, ou dit.. comment vous l’avez fait ou dit..

Ensuite, une application autonome vous explique comment, même en étant chez vous, les autres peuvent vous atteindre.. Via les réseaux sociaux (que vous ne vous résolvez pas à quitter), ou en vous appelant grâce au portable, ou par mail…

Et puis il y a ces tâches en arrière plan : la culpabilité de ne pas être efficace, la mise en place de listes pour « faire ce qu’il y a à faire » puisque vous êtes à la maison…

Tout cela est énergivore au possible.. Se blinder pour ne pas être pris.e de court à l’extérieur, faire le dos rond à la maison en cas de coup de massue inattendu…

Une fatigue indicible se fait alors sentir.. Elle est là en permanence pendant que votre cerveau s’efforce d’ériger puis de tenir une barrière contre.. contre quoi ??

Contre vous-même en fait..

Souvent, vous allumez la tv.. La seule chose qui arrive à mettre en sourdine vos peurs et autres inquiétudes.. Avant vous lisiez.. Mais en dehors du fait que cela vous endorme maintenant au bout de 2 pages, vous aviez cette impression de décalage, vous n’habitiez plus votre vie.. Et l’atterrissage était trop pénible.

Ces derniers jours vous vous demandez si c’est vraiment vous ou s’il s’agit juste d’une conséquence de ce qui s’est passé ces dernières années… Vous n’avez pas l’impression qu’avant, vous étiez comme ça..

Une succession d’épreuves laisse des traces.. et même si l’on cherche, et qu’on réussit, à remonter la pente, il y a comme des empreintes qu’on regarde par dessus l’épaule..

Vous auriez voulu être une personne discrète, avoir l’intelligence des gens simples. Mais vous n’en avez pas le caractère ni la même histoire.. Chez vous, la discrétion est devenue de la transparence.. Vous vous sentez comme effacé.e de la vie des autres.. Pour diverses raisons..

La moins douloureuse reste la distance géographique.. Il y a des personnes que vous aimez beaucoup, qui peut-être vous aiment encore, connues il y a longtemps ou un peu moins.. Qui sont loin. Vous n’avez jamais été très talentueux.se dans les relations à distance..C’est compliqué de trouver le juste milieu entre le « parle-moi de toi et je te parlerai de moi », « donne moi ton avis et je te donnerai mon conseil ». Cela dit, de nos jours, les réseaux sociaux facilitent grandement la prise de contact !

Mais, et voila autre raison, vous n’avez rien à dire, ou pas grand chose. Les réseaux sociaux n’ont pas tant libéré votre parole ou vos avis que ça.. Vous n’avez pas de messages implicites à faire passer à qui que ce soit. Vous vivez votre vie en direct-live avec vous-même et cela vous semble bien suffisant. Enfin, vous ne partez pas du principe que l’on peut prendre des nouvelles de ceux qu’on aime en 280 caractères ou en postant quelques émoticônes.

Quoiqu’on en dise, aujourd’hui, les réseaux permettent cette sorte d’impunité qui attire ceux qui ont toujours quelque chose à dire.. à critiquer..

S’ajoutent à cela une santé fragilisée, des événements difficiles, des finances en berne empêchant sorties, voyages et visites..

Vous ne faites pas envie.. Clairement.

Le temps passe, vous existez en pointillés et pour peu que vous refusiez de préciser votre âge, même FB ne vous souhaite plus votre anniversaire, encore moins ceux de vos enfants.

Alors, toujours cette distance avec les autres..

Vous n’arrivez déjà plus à leur téléphoner.. Vous mettez des heures à écrire un simple texto ou à démarrer un mail. Écouter votre répondeur est au-dessus de vos forces..

C’est comme si la voix des autres était trop intrusive et leurs réactions imprévisibles, menaçantes. Comme si votre bulle pouvait éclater au simple contact de l’autre.

Vous avez voulu cet oubli, cet éloignement, qui vous blesse et vous isole.

Et pourtant..

Souvenez vous quand vous dansiez sous pluie, comme la vie était légère…

Apprenez que tout n’est pas combat, le temps guérit les blessures.

Ouvrez vos bras,

Vous vous relèverez..

Encore et toujours.

Don’t Panic – Coldplay

Grandir ou Vieillir #10dumois

Depuis que le monde est monde, les enfants s’appliquent à grandir, s’évertuent à se vieillir. Plus vite qu’il ne le faudrait selon ceux qui les aiment. Ces adultes qui, de leur côté, aimeraient sans doute rajeunir, ou tout du moins ralentir la course du temps.

Grandir.. Vieillir.. Pas encore, pas assez, trop vite ou trop tôt.. Tout est, comme toujours, une question de point de vue… C’était hier et c’est déjà demain.. Et le présent reste insaisissable…

Petit.e, on ne se voit pas vivre.. Etre un.e autre. Grandir, pour faire des choses que seul.e un.e adulte pourrait ou saurait faire… A l’âge légal, ce n’est pas encore assez… On en veut plus.. Plus vite, plus loin.. Pour peu qu’on ait un passé lourd de sens, on pourrait perdre son présent à questionner sans voir que le futur, c’est déjà aujourd’hui.

A un moment donné, le corps cesse de grandir mais il continue de vieillir: son élasticité diminue, l’éclat se ternit. Des petites rides deci-delà, quelques cheveux grisonnent ou blanchissent. Certains disent que ce sont les marques d’une Vie bien remplie, d’autres les conséquences des soucis rencontrés. Un corps, ce n’est pas anodin.. On peut bien sûr changer quelques détails.. pour cause d’usure, de défaut de fabrication, d’accident de parcours.. On peut chercher à l’améliorer pour correspondre aux standards d’une époque ou s’en détacher.. Un corps, c’est à la fois indispensable et faillible.. Pour l’instant, nous sommes toutes et tous soumis à son évolution et accepter ce fait serait probablement libérateur. Notre support physique, en vieillissant, fatigue plus vite que notre âme qui, elle, a des projets d’expansion infinis…

Plus jeune, je ne m’aimais pas.. Ou plutôt, je n’ai pas appris à m’accepter, à me reconnaître, voire à prendre soin de moi.. C’est en vieillissant que mon regard s’est adouci. Et c’est en sens que je me sens grandie. Pour l’instant, j’aime bien vieillir. Parce que je me sens un peu plus apaisée qu’hier.

Je me doute bien que viendra le temps où mon corps ne sera plus aussi fiable qu’avant.. C’est déjà d’ailleurs un peu le cas depuis que je ne suis plus le principal objet de mes pensées (comprendre: depuis que je suis maman)! Bien sûr, ces choses que je sais maintenant, j’aurai aimé les savoir plus jeune… et bien sûr, j’aimerai aujourd’hui avoir encore la fougue, disons, l’intransigeance de la jeunesse. Mais accepter que tout vient en son temps fait sans doute partie du jeu.

Alors je dirai finalement que grandir ou vieillir, l’un ne va pas sans l’autre.. Le temps file, la roue tourne… et caetera… En fin de compte, je suis contente de n’avoir pas baissé les bras quand la tentation de le faire a été très forte. Les pieds plantés dans le sol, les bras sur les hanches, je regarde désormais le passé sans larmes, le présent bien en face et le futur sans peur.


😉 .. La roue Tourne – Zaho ..

Nouvelle Année!

A partir du 31 décembre, et jusqu’à la fin du mois de janvier, on se souhaite à tous, sans presque plus réfléchir, une bonne année.. 

Au début, de façon festive.. et au fur et à mesure que janvier s’écoule, on s’essouffle.. on s’agace parfois.. Avons nous oublié quelqu’un? Tata Jojo? La boulangère ou la dame de la crèche? A t on utilisé les bons termes, la bonne manière?

Avant tout ça, cette année, on pourrait l’espace de quelques instants, regarder en arrière.. 

Voir le chemin parcouru: les progrès, les hésitations, les réussites, les échecs..

Lever la tête et contempler ce qui a été accompli.. sans complaisance, sans excuses, sans regrets.

Bravo!

Oui, bravo!

Cette année, comme toutes les autres, vous avez survécu. Vous avez vécu..

Les guerres qu’il y avait à mener, vous leur avez fait face.

Les douceurs qu’il y avait à distribuer, vous les avez données.

Avec ce que vous pouviez, avec tout ce dont vous étiez capable.

Bien sûr, vous avez fait des erreurs. Bien sûr, vous n’êtes pas parfait.e.

C’est évident!

Si vous l’étiez.. il n’y aurait pas d’histoires… il n’y aurait rien à améliorer. Rien à souhaiter pour l’année suivante..

Vous avez le droit d’être fatigué.e, d’être essoufflé.e.

Arrêtez vous, un peu, ou beaucoup.. Reposez vous.

Personne ne gravit une montagne sans marquer de pauses de temps en temps.

Et quand vous vous sentirez prêt.e, remettez vous en marche.

Parce qu’en fait, vous n’avez pas le choix que d’avancer.. même à votre rythme.. 

On peut dire ce qu’on veut.. Mais la Vie.. C’est ça.. Des hauts, des bas.. Des collines et des pics à gravir.. Des faux-plats ou des cuvettes… 

On nous fait croire que l’on peut atteindre un lieu Idyllique, une sorte d’Eden et que ce jour-là, nous deviendrons un être accompli, serons parfaitement heureux.. La Vérité, la Vraie: c’est que le paradis, c’est ici et ce que vous en faites.. Là où vous êtes.. Parce que vous y êtes.. et avec qui vous le vivez.

Profitez-en.. Rendez le meilleur de jour en jour.. N’attendez pas, n’attendez plus.. De rien, ni de personne. Avancez!

Je vous souhaite d’être fier.e de ce que vous avez vécu, de ce que vous êtes devenu.e. Je vous souhaite de savoir ce que vous voulez devenir durant cette nouvelle année.

J’espère que vous emprunterez la route adéquate pour y parvenir.. N’oubliez pas que si jamais vous vous perdiez en chemin, il sera toujours possible de revenir sur vos pas ou d’inventer un itinéraire-bis.

Enfin, je vous souhaite d’être entouré.e.. Des bonnes personnes.. Celles que vous aimez, celles qui vous aiment..  Vous savez, ces êtres qui vous acceptent tout entier.e, et ne veulent que votre bonheur…

J’espère que vous laisserez s’éloigner ceux qui ne feront qu’assombrir votre horizon ou votre quotidien. N’hésitez pas à garder vos yeux et vos bras ouverts pour accueillir celles et ceux qui en auraient besoin ou qui reviendraient à l’occasion..

Saupoudrez tout ça de quelques rêves et de rires joyeux… Vos pas n’en seront que plus légers!

Belle année 2020!

Bonne Année, Bonne Chance! (Guy Béart)