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Prendre soin de soi #10 du mois

10 jours que je tourne en boucle sur le thème du mois d’avril de Egalimère… « prendre soin de soi »…

Comme toute mère qui se respecte, le confinement, c’est pas franchement des vacances pour moi. Du coup.. Suis un peu plus longue à la détente.. Pi c’est quoi ce thème ?! Une banale prise de tête sur les injonctions d’une société qui accessoirise la femme en lui intimant en même temps de suivre la voie du développement personnel… Un truc mi-schizo, mi-alzheimer…

Bref.. J’avais du mal à trouver un angle d’attaque pour ma dissert’ du mois.. Jusqu’à ce que je m’observe in-situ.. c’est à dire, en plein confinement..

Au début, je pensais que ça ne changeait pas grand chose.. et puis, j’étais contente de ne plus avoir à faire toutes ces allers-et-venues.. jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’en fait, je n’avais plus de temps pour moi… mais genre.. plus du tout… Déjà, avant.. faire pipi tranquille était difficile mais là… là… Est-ce que c’est grave de griffonner sur la case « c’est compliqué » ?

Je dois préciser quelques petites choses :

– Je suis loin d’être parfaite.. Oui.. C’est comme ça… Un jour, je vous dirai comment je l’ai su.. ou pas.. Je tends à m’améliorer, et quelque part, c’est l’essentiel, je crois..

– De base, si je devais être un personnage de Vice Versa, je serai Colère… Je travaille dessus, merci de vous inquiéter.. Joie arrive en second et tristesse en 3ème.. Ou c’est l’inverse.. Ou je ne sais plus.. Parlons-en quand on sera libérés-délivrés, voulez-vous ?

– Alors, donc, j’adore mes enfants la plupart du temps.. J’ai mis longtemps à fonder une famille, pas par choix, hein.. Donc forcément, quand ils sont nés, bah, on était bien contents… ça n’empêche que je rigole bien sur les RS quand je lis des panneaux de parents épuisés, dépressifs et qui s’arrachent les cheveux.. Tout simplement parce que je le suis moi-même et que je pratique allégrement le second degré…. D’autre part, les RS ont une place bien précise dans ma vie..

Voila.. Donc.. Prendre soin de soi… Une douce utopie en plein confinement…

Il y en a qui y arrivent.. C’est génial.. Elles ont un programme.. Elles le suivent.. tous les jours… Dans leurs têtes, il doit y avoir le coach de Serena Williams.. Ou.. je sais pas…

J’ai essayé, hein.. J’ai vraiment essayé.. C’est l’essentiel, nan ? On a tenu, genre.. 10 jours… J’ai fini dans un sale état et je crois que cher et tendre avait peur d’aller bosser et de me laisser seule avec les garçons… Du coup, on a relâché la pression.. Maintenant, ça va mieux.. Bah oui, parce que, pardon, mais le confinement, il touche tout le monde, non ? Donc à la fin.. les enfants, ils en seront tous au même point.. Pas d’école, pas de récrés, pas d’activités extra-conju.. heu.. extra-scolaire.. 🙂

Relâcher la pression à propos des mômes, ça veut pas du tout dire que je prends soin de moi.. Un peu, oui.. ou alors indirectement.. Ce n’est pas ça qui va cultiver mon jardin intérieur me direz-vous… Et vous aurez raison !!!

Évidement, je suis quand même quelques règles… pas trop compliquées, faciles à tenir…:

– Le réveil sonne à 7h30.. J’ai du l’entendre une seule fois depuis le début du confinement, mes enfants étant (très) matinaux.. Mais rien que le fait de le régler chaque soir, je sais pas.. On n’est pas en vacances, bordel.. ! Gardons un cadre !

– A partir du jeudi, parce que le jeudi, c’est déjà un peu le week-end..A parti du jeudi, donc, le soir, je n’hésite plus à ouvrir une bouteille.. Bière, vin rouge, blanc, rosé.. Tout y passe, mais de façon très raisonnable puisque pas d’abus (;-)) Je pense attaquer la sangria d’ici peu et je me tâte pour faire une soupe champenoise à l’occasion de la prochaine grillade… J’y vois pleins d’avantages, notamment : plus d’angoisses du dimanche soir à l’idée que cher et tendre m’abandonne pour aller travailler et donc début de semaine bien détendue…

Avec le retour du beau temps, et donc des apéros et autres BBQ, hasard ou pas, il s’avère que mes fringues rétrécissent…… Mon sèche-linge doit m’en vouloir.. ça ne peut pas être le manque d’exercice, vu que je courre après mes enfants tous les jours… Il y a un camps de nudistes près de chez moi, je vais sans doute finir le confinement chez eux..

– Sur les réseaux, je ne dis rien de ce que je traverse avec les monstres que sont devenus mes enfants.. J’aurai peur de m’attirer les foudres de la bien-pensance, l’élite de l’éducation positivo-veillante… C’est bien connu, pour vivre heureux, vivons caché… En tout cas, si l’aide sociale à l’enfance vient chez moi, je saurai que ce sont mes voisins, lassés par mes cris, plutôt que mes amis virtuels… J’arriverai peut-être à les soudoyer avec des bonhommes en rouleaux de PQ, mes tableaux en peintures gonflantes et la tonne de coloriage que je stocke dans un placard… Avec un peu de chance, ils auront dans leur sacoche des cartouches d’imprimantes et du papier que j’arriverai à piquer pendant que mes fils attireront leur attention avec leurs acrobaties quotidiennes.

Ça n’enlève pas le fait que le confinement aura été bénéfique pour moi… Au vu de mes envies quotidiennes de fugue, j’ai vite compris que quelque chose clochait… Avec cette interdiction de sortir, j’ai pu constaté que j’avais purement et simplement disparu… Certes, cela fait 3 ans que je me débats dans les sables mouvants de ma propre existence.. Et donc, le confinement m’a aidé à atteindre plus vite (!) le sommet de mon vide intersidéral…

Ce qui m’a donné assez d’énergie pour rebondir, tel le ballon sauteur qui git, épuisé, abandonné dans le jardin par mes enfants.. (ça aurait pu être dans la maison, imaginez le carnage!)

« Il faut que ça cesse ! Quoi ? Bah, ça, là, cette situation ! Je ne suis pas la servante des uns et des autres… ça suffit! Marre d’avoir cette impression d’être la seule à habiter dans cette maison (comprendre être la seule à savoir où se trouvent et se rangent les choses..) » A mon sens, c’est ça.. prendre soin de soi ! S’exprimer ! Savoir ce qui ne va pas, le dire et ne pas transiger..

(de toute façon, j’ai jamais vraiment été du genre après-midi girly pour se sentir bien..)

On a tous envie de croire que le monde d’après sera meilleur.. Le savoir, la compréhension, le vécu… que grâce à ça, on peut changer… Mais pour combien de temps ? Je suis plutôt pessimiste à ce sujet.. Je pense qu’on peut tout oublier.. En fait, pour moi, on oublie pas forcément les événements mais on oublie l’intensité de ce que l’on a vécu.. Et selon le degré d’implication, cela va plus ou moins vite..

Mais…

Ce week-end, j’ai découvert la transmission transgénérationnelle des traumatismes.. Pour résumé, on peut dire que la souffrance traverse la lignée familiale, et j’aime à penser que cela sera jusqu’à ce qu’une personne soit prête à y faire face, la ressentir, la soigner..  Je ne vais pas écrire un essai sur le sujet, vous pouvez cliquer sur le lien plus haut ou googler (ou mieux aller sur un moteur de recherche respectueux) cet intitulé et vous faire votre avis par vous-même.. Il y a quelque chose qui résonne fortement en moi… Et ces mots qui sonnent , comme dirait Jenifer, c’est un cadeau du ciel..

Le peu que je sais des histoires familiales laisse présager que je ne porte pas la responsabilité de tout mon mal-être. Je me rends compte aujourd’hui, en ces temps confinés, qu’au lieu de me malmener pendant tout ce temps comme j’en avais l’impression, en réalité, je prenais soin de moi.. Ces moments, si longs, de désespérance où il m’a semblé que je ne m’appartenais plus, n’étaient en fait pas les miens.. J’ai envie de croire quand de ce monde de l’après, je saurai vivre ma vie parce que je saurai enfin me connaître et me respecter.

Sous quelle étoile suis-je né? – Michel Polnareff